Monsieur le Président,
Mesdames et Messieurs les Parlementaires,
Mesdames, Messieurs,
A l’heure où les étudiants des Universités
manifestent une fois de plus leur mécontentement,
je suis heureuse de venir aujourd’hui clore
les
deuxièmes assises de l’apprentissage
de la Chambre de Commerce et d’Industrie de
Paris. Je suis décidée à faire de la
valorisation de l’alternance sous toutes ses
formes une priorité de mon action.
L’apprentissage offre un accès à la vie
professionnelle motivant et efficace, pour les
jeunes comme pour les moins jeunes, quel que soit
leur niveau de formation. C’est une voie
d’avenir, et bien souvent une voie
d’excellence.
Il y a un vieux proverbe français que vous devez
tous connaître et qui dit : «
Apprenti
n’est pas maître». Pour moi, ces
quelques mots valent mieux que tous les discours.
Les
412 000 apprentis que compte
aujourd’hui la France acquièrent vite une
solide expérience professionnelle, en même que
temps que le sens de la responsabilité. Ils sont
tous jeunes, puisque la période d’apprentissage
est généralement comprise entre 16 et 26 ans. Très
jeunes, même : aujourd’hui, seuls 10 % des
apprentis sont âgé de plus de 21 ans. Cette
proportion est appelée à augmenter à
l’avenir.
Leur
cadre de travail favorise un
accompagnement personnalisé, les deux tiers des
apprentis étant formés dans des entreprises de
moins de dix salariés. Sur le modèle des
Compagnons, ils y apprennent tout autant une
technique que des valeurs, celles du partage, du
travail, du respect, de la libre entreprise.
Si l’apprenti n’est pas maître,
l’apprenti
a un maître, un patron, dénommé
« maître d’apprentissage». Il alterne ainsi,
pour obtenir son diplôme, formation pratique dans
l’entreprise, et enseignement théorique dans
les Centres de Formation des Apprentis.
Contrairement à bien des stagiaires, l’apprenti
est payé pour son travail.
Enfin,
l’apprenti peut lui-même devenir
un maître, et créer rapidement sa
propre entreprise pour prendre son destin en main
: c’est ce que font, au bout de 10 ans d’expérience
professionnelle, 40% des anciens apprentis. De
manière générale, leur taux d’embauche est
exceptionnel : moins de 6 mois après la fin de
leur période d’apprentissage, 70 % d’entre
eux trouvent du travail. Si l’on compare ce
chiffre à celui des lycées professionnels, qui
s’élève à 60 %, on comprend les vertus de
l’apprentissage. Les postes où les entreprises
proposent un apprentissage correspondent en effet
mécaniquement aux besoins réels du marché du
travail. Quant au salaire moyen à l’embauche,
il ne cesse d’augmenter.
L’apprentissage offre à nos jeunes une famille
professionnelle, un savoir-faire reconnu, et un métier
bien payé à la sortie. Du garçon-boucher à
l’étudiant en école de commerce, tous en
tirent le plus grand profit.
C’est pourquoi j’aimerais vous dire
aujourd’hui que ( I ) l’Etat est résolu à
poursuivre son action en faveur de
l’apprentissage, en s’appuyant ( II ) sur
l’aide précieuse des organismes consulaires et
des grandes entreprises. ( III ) Je vous présenterai
pour finir quelques pistes d’action, en tenant
notamment compte des travaux qui ont été menés
aujourd’hui à la CCIP.
( I ) Nous voulons maintenir et accentuer
la dynamique qui s’est créée en faveur de
l’apprentissage et de l’alternance en général
La remise à l’honneur de l’apprentissage est
palpable
depuis une dizaine d’années.
La part des jeunes entrant en apprentissage à un
niveau bac ou post-bac a plus que doublé, passant
de 11,2 % à 23,3 %. Le niveau des formations préparées
s’est également élevé, avec aujourd’hui
plus de 13 % d’apprentis qui cherchent à décrocher
un diplôme de niveau supérieur à bac + 2,
jusqu’au Master ou au diplôme d’ingénieur.
Nous maintenons
notre objectif de 500 000
jeunes en apprentissage d’ici 2009. Ce
chiffre avait été fixé en 2005 par Jean-Louis
Borloo, alors ministre de l’Emploi, dans le plan
de cohésion sociale qui faisait suite à la loi
de programmation sociale. Nous sommes sur la bonne
voie : le nombre d’apprentis a encore progressé
de 17 % l’an passé.
L’Etat s’engage pour l’apprentissage de
plusieurs manières :
- à travers des actions de promotion, telles
que la mission menée par Henri Lachmann
autour de la Charte de l’apprentissage.
- ou par exemple en soutenant le programme
européen Leonardo da Vinci. 70 000
apprentis en bénéficient déjà. Je pense que la
présidence française du second semestre 2008
pourra être une excellente occasion d’améliorer
encore le programme Leonardo.
( II ) Pour développer l’apprentissage,
l’Etat sait qu’il peut compter sur vous,
organismes consulaires et grandes entreprises.
Les organismes consulaires
constituent les acteurs traditionnels de
l’apprentissage. D’abord, ils assurent la formation
des apprentis. Les chambres de métier comptent
aujourd’hui 150 000 apprentis dans le secteur de
l’artisanat. Les chambres de commerce et
d’industrie en forment près de 100 000, et se
sont engagées à en accueillir 15 000 supplémentaires
d’ici à fin 2009.
Ensuite, les organismes consulaires procèdent à
l’enregistrement des contrats
d’apprentissage, en contrôlant à cette
occasion le respect des dispositions du code du
travail relatives au contrat d’apprentissage.
C’est une mission nouvelle et exigeante, qui a nécessité
un important travail de concertation avec mes différents
services, principalement la DGEFP et la DCASPL.
La CCIP qui nous accueille
aujourd’hui offre un excellent exemple
d’efficacité et de dynamisme. Elle a la
responsabilité d’écoles aussi prestigieuses
que les Gobelins, Grégoire Ferrandi, le Centre
des Formations Industrielles, ou HEC. Elle y forme
4 000 apprentis. Ces formations sont sanctionnées
par une centaine de diplômes différents, depuis
la classe préparatoire à l’apprentissage, mise
en place depuis 1966 pour permettre aux jeunes de
découvrir la palette des différents métiers,
jusqu’au niveau I, c’est-à-dire bac + 5. Avec
plus de 85 % de reçus aux examens, et un taux équivalent
d’insertion professionnelle à 6 mois, la CCIP
affiche une réussite exemplaire. J’aimerais
adresser à son Président et à tout le personnel
mes plus sincères félicitations, et tous mes
encouragements pour les projets qui les attendent.
A ce réseau consulaire traditionnel s’ajoute
depuis plus d’un an le « Réseau des
grandes entreprises actives dans l’apprentissage
». Ce réseau, créée par la CCIP, constitue un
lieu d’échange et d’émulation pour près de
50 grands groupes, tels que Alcatel, Veolia, La
Poste, Danone, Air France ou L’Oréal. Il répond
à une tendance profonde de l’apprentissage, de
plus en plus orienté vers les grandes entreprises
: en dix ans, la part des apprentis accueillis
dans les entreprises de plus de 250 salariés est
passée de 5 % à près du double ; tandis
qu’entre 2005 et 2006, le nombre d’apprentis a
augmenté d’un tiers pour les entreprises du CAC
40.
L’apprentissage s’affranchit ainsi peu à peu
de l’image des « métiers à l’ancienne »,
pour trouver une place de premier rang dans les
secteurs les plus compétitifs de l’économie
moderne.
Je sais que ce « Réseau des grandes entreprises
actives dans l’apprentissage » a présenté
aujourd’hui, à l’occasion de ces assises, de
nombreuses propositions d’amélioration pour
l’apprentissage.
( III ) J’aimerais revenir sur certaines
d’entre elles, qui rejoignent mes priorités.
Ma priorité numéro 1, c’est de
simplifier et de rationaliser le financement de
l’apprentissage. Il ne serait pas cohérent
de la part du Gouvernement d’applaudir d’un côté
les vertus de l’apprentissage, et de l’autre
de laisser perdurer un système de financement à
plusieurs vitesses, cloisonné et donc inefficace.
Si nous prétendons résoudre une partie du problème
de l’emploi des jeunes grâce à
l’apprentissage, il faut nous en donner les
moyens.
Je souhaite que nous puissions unifier
progressivement le financement de
l’alternance, voire de toute la formation
professionnelle initiale. C’est la condition
sine qua non pour une allocation efficace des
ressources, qui rendra les filières plus cohérentes
et plus accessibles pour les jeunes et les
entreprises.
La simplification du financement doit
s’accompagner d’une simplification de
l’orientation. Aujourd’hui, il faut reconnaître
qu’un jeune qui veut choisir sa formation, même
s’il a une idée claire de son projet, se
retrouve pris dans un dédale administratif
d’une complexité extrême.
Mon ministère a déjà lancé dans ce dédale une
sorte de fil d’Ariane, en mettant au point il y
a un an un portail unique, www.orientation-formation.fr.
Ce site présente de manière claire et attrayante
les métiers et les formations, en dépassant les
cloisonnements administratifs.
Par exemple, si l’on clique sur « rechercher
une formation », et que l’on coche plombier /
Ile-de-France, on voit s’afficher 32 lieux de
formation possibles, avec leur adresse et leur téléphone
!
On compte déjà plus de 50 000 connexions par
mois sur ce site. Je compte sur vous pour le
promouvoir encore davantage auprès des jeunes.
C’est un premier pas dans le travail de
simplification. Il faudra bien entendu aller
plus loin, et je souhaite que tous les
acteurs contribuent à notre réflexion.
Ma priorité numéro 2, c’est d’améliorer
l’image de l’apprentissage, en
faisant de l’alternance la voie normale de la
formation professionnelle. Depuis 2005, des
campagnes nationales sont menées tous les
printemps, au moment où les jeunes décident de
leur orientation.
Nous devons aller plus loin, ne
serait-ce qu’en termes de communication.
Assumons le fait qu’un métier n’est pas
uniquement une affaire de vocation, mais aussi
d’argent. Osons dire aux jeunes, pour reprendre
l’exemple précédent, qu’un plombier à son
compte gagne en moyenne, à Paris, plus de 15 000
€ net par mois !
Je garde naturellement en tête les autres
axes de travail du Réseau, tels que le développement
de l’apprentissage comme mode de recrutement, la
valorisation de la fonction du tuteur, la
simplification de la réglementation en vigueur,
ou la réforme de la gouvernance entreprise / CFA.
Toutes ces propositions visent finalement à
remettre l’entreprise au cœur de
l’apprentissage, et c’est bien en ce sens que
s’orientera mon action.
J’aimerais pour finir féliciter le Réseau
des grandes entreprises actives dans
l’apprentissage pour la qualité et la densité
de leur travail, et leur dire que je reprends
volontiers à mon compte les grandes lignes de
leur analyse.
Je suis convaincue, Mesdames et Messieurs, que le
mouvement en faveur de l’apprentissage est un
mouvement de fond. Il pourra apporter bien des réponses
aux maux dont souffre aujourd’hui la France, au
premier rang desquels le chômage des jeunes. Je
suis déterminée à faire de l’apprentissage
une priorité. Le retour de la valeur travail
passe aussi par la réhabilitation des métiers.
Le retour du travail, il se traduit déjà dans
les chiffres économiques : notre croissance du
troisième trimestre a doublé par rapport au
trimestre précédent, à 0,7 % du PIB. Les
trois moteurs de la croissance sont allumés
: au troisième trimestre, la consommation des ménages
a progressé de 0,8 %, l’investissement des
entreprises de 1 %, et le commerce extérieur
contribue positivement à la croissance.
Je me réjouis de ces nouvelles encourageantes,
qui prouvent que notre politique va dans la bonne
direction.
Je vous remercie.