Clôture du colloque de l'Association "Jeunesse
et Entreprises"
Monsieur le président, cher Yvon Gattaz,
Mesdames et Messieurs,
Au moment où je m'apprête à clôturer le colloque
"entreprise - enseignants parents : ensemble
pour la réussite des jeunes", je souhaite rendre
un hommage sincère à celui qui en a
été l'âme. Je veux bien entendu parler du très
dynamique Yvon Gattaz qui, dans
l'histoire des liens entre l'école et l'entreprise,
fait figure de pionnier.
Dans l'un de ses ouvrages au titre évocateur, Mes vies
d'entrepreneur, Yvon Gattaz exalte le dynamisme et
la volonté d'action de sa jeunesse. Nombre d'entre vous
ont lu ce livre et se souviennent que l'auteur y
souligne également que la vie professionnelle constitue
une part importante de l'existence et qu'il est donc
crucial de la réussir. Pour cela, elle doit être préparée
et, de ce point de vue, les parcours scolaires et les
choix d'orientation sont décisifs. Si les familles, les
enseignants mais aussi les élèves eux-mêmes ont un rôle
crucial à jouer, il en va de même pour les entreprises.
En s'ouvrant à l'école, elles peuvent aider nos jeunes
concitoyens à construire des parcours réussis qui leur
permettent d'exprimer leurs goûts et leurs talents.
C'est en 1986, au moment où il achevait son mandat de
président du C.N.P.F.,
qu'Yvon Gattaz eut l'idée de faire partager son expérience
et ses convictions aux jeunes générations. Il eut
alors l'idée de lancer une initiative destinée à
promouvoir les échanges entre la sphère économique et
le milieu scolaire. L'Association Jeunesse et
Entreprises qu'il fonda alors connut un tel succès
qu'elle fut le point de départ de nombreuses
initiatives parallèles sinon concurrentes.
Aujourd'hui, le panorama des structures visant à développer
les liens entre l'école et l'entreprise est si riche
qu'il est parfois difficile de s'y orienter.
Plus de vingt ans après la naissance de l'A.J.E., l'enquête
d'opinion réalisée en vue de ce colloque a
permis de mettre en évidence l'écho rencontré par les
thèmes qu'elle promeut.
Quelques points m'ont particulièrement frappé. L'idée
d'une formation obligatoire sur la vie économique
au collège est très largement acceptée et
l'attachement à l'option de découverte professionnelle
en classe de troisième est réel. Pour ce qui est du
lycée, je retiens surtout la nécessaire
valorisation de l'image de la voie professionnelle ainsi
que l'aspiration à une plus grande personnalisation du
suivi des élèves.
Les résultats de cette enquête me semblent très
instructifs et constituent, pour l'éducation
nationale, une invitation supplémentaire à agir
et à repenser les dispositifs d'orientation existant
afin de multiplier les chances de réussite des élèves.
En effet, j'entends souvent dire que le dispositif
français d'orientation fonctionne mal. Cette
affirmation doit bien entendu être nuancée, mais je
dois reconnaître que le système d'orientation
est si complexe que les élèves, les
familles et les enseignants ne sont pas réellement
informés de l'ensemble des possibilités de formation
et d'emploi.
L'une des conséquences les plus inquiétantes de cet état
de fait est sans nul doute le nombre très important des
jeunes Français qui quittent le système scolaire sans
aucune qualification. En effet, chaque année ce sont près
de 160 000 élèves qui sortent du système
sans qualification. C'est un chiffre beaucoup
trop élevé et je veux tout mettre en œuvre pour le réduire.
La multiplication des partenariats avec le monde
professionnel est l'une des pistes qui doit être explorée
de manière privilégiée pour faire découvrir à nos
jeunes concitoyens les différents métiers et les
professions. Pourtant, en dépit des nombreuses
initiatives originales qui ont été prises depuis une
vingtaine d'années, vous savez comme moi qu'il reste
encore bien des réticences à désarmer pour instaurer
des relations de travail durables entre le monde de
l'entreprise et l'éducation nationale.
Ces constats liminaires doivent constituer, de part et
d'autre, une invitation à agir. Du côté de l'éducation
nationale, nous devons faire face à une triple exigence
dont découlent autant d'axes de travail à explorer.
L'éducation nationale doit tout d'abord consentir un
effort important pour mieux accompagner les élèves.
Elle doit en particulier leur proposer une meilleure
information sur les différentes voies de
formation et favoriser les passerelles entre les différentes
formations.
Il est également nécessaire de responsabiliser
les E.P.L.E. en soutenant les expérimentations
qu'ils mènent pour lutter contre le décrochage
scolaire dans le cadre de leur autonomie. Je souhaite
que cela se traduise par l'introduction,
dans le dialogue de gestion entre
l'E.P.L.E. et les autorités académiques, d'un indicateur
portant sur les sorties sans qualification.
Enfin, il m'apparaît indispensable d'adapter
les diplômes pour simplifier et clarifier
l'offre existante mais aussi proposer une
formation plus modulaire qui permettra aux élèves
d'acquérir progressivement leur certification.
Pour répondre à cette triple exigence d'accompagnement
des élèves, de responsabilisation des E.P.L.E. et
d'adaptation des diplômes, je compte ouvrir
sans tarder plusieurs chantiers de réforme qui
me semblent prioritaires et qui contribueront largement
à assurer la réussite de tous les élèves.
Je souhaite tout d'abord favoriser la découverte
des métiers dès le collège en introduisant,
dès la classe de 5e, des parcours de découverte des métiers,
qui seront complétés par une option de découverte
professionnelle proposée à tous les élèves. Je veux
également développer mais aussi mieux encadrer
les stages que les élèves effectuent en
entreprise. Pour cela, ils devront s'inscrire dans un
projet pédagogique cohérent construit en partenariat
entre les enseignants et le monde économique.
Afin que les jeunes gens choisissent leur orientation en
toute connaissance de cause, nous pourrions par exemple
offrir aux élèves de 4e la possibilité de passer une
journée en lycée général ou technologique, en lycée
professionnel ou en centre de formation des apprentis.
De même, les élèves inscrits en classe de 1 ère
pourraient se rendre dans une université ou un I.U.T.
afin de se familiariser avec les différentes formes de
l'enseignement supérieur et de se préparer à choisir
la voie qu'ils emprunteront après le baccalauréat.
Je souhaite également rénover le système
d'information sur l'orientation afin qu'il
offre aux familles une information complète. Je veux
surtout qu'il soit plus largement ouvert sur le monde économique.
C'est en effet la condition pour que les conseils
prodigués aux élèves ne tiennent plus seulement
compte de leurs goûts personnels mais également de
leurs capacités et de leurs talents ainsi que des
possibilités d'insertion professionnelle.
Pour rendre efficace le dispositif d'orientation et
assurer la réussite de tous les élèves, il me semble
particulièrement important que les enseignants soient
en mesure de les informer sur les métiers et les
formations existantes.
En effet, ce sont les professeurs qui connaissent le
mieux les qualités et les capacités de chacun des
adolescents et qui peuvent les aider à s'orienter vers
les voies et les filières qui leur conviennent le
mieux. Cela suppose d'améliorer la formation
des enseignants et notamment de leur permettre
d'effectuer des stages de découverte des
entreprises au cours de leur formation mais également
tout au long de leur carrière.
Enfin, au-delà de la seule question de l'orientation,
je veux promouvoir et développer la culture économique
au sein du système éducatif. Je suis convaincu que les
enseignants peuvent jouer un rôle important pour faire
connaître et apprécier l'entreprise. Par conséquent,
je suis fermement décidé à soutenir les initiatives
qui permettront de développer des liens durables entre
le monde de l'école et la sphère économique.
J'aurais, dans les prochaines semaines, l'occasion de réaffirmer,
de préciser et de développer ces propositions. Mais je
veux, dès à présent, vous faire part d'une conviction
sincère : la refonte de notre système
d'orientation, la plus grande attention au monde économique,
mais également la valorisation de la voie
professionnelle ne peuvent se faire sans une mobilisation
des entreprises. Les actions menées par
l'Association Jeunesse et Entreprises sont remarquables
mais il faut aussi parvenir à mobiliser l'ensemble des
entrepreneurs qui, en dépit des initiatives existantes,
ne voient pas toujours l'intérêt d'un dialogue étroit
et constant avec l'éducation nationale.
L'avenir de nos enfants est un bien précieux qui
appelle une attention constante de notre part. L'éducation
nationale n'en est pas le dépositaire exclusif et
jaloux. Je suis convaincu que l'ensemble des acteurs
sociaux, intellectuels et économiques de la nation
peuvent contribuer à ouvrir des perspectives et éveiller
des destins. Ensemble nous devons donner à nos élèves
l'envie de réussir et les aider concrètement à découvrir
la voie dans laquelle ils sauront atteindre
l'excellence.
Je vous remercie.
Source : Ministère
de l'Education nationale