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Date de parution : Mercredi 2 mai 2007

FOAD : "Brève histoire d'un dispositif francophone", par Didier Oillo (AUF)

Dès la fin des années 80, préoccupée par la crise que traversaient les universités francophones du Sud, notamment en Afrique, qui durait depuis les années 70, la Francophonie, à travers son Agence universitaire (AUF), s’est résolument engagée dans la mise en œuvre d’un vaste dispositif d’appui aux universités du Sud. Celui-ci se caractérise par l’installation en leur sein de structures technologiques modernes facilitant les travaux de recherche des enseignants, chercheurs et étudiants en fin de cycle en leur permettant d’accéder en ligne aux documents et informations dont ils ont besoin.

L’accès à l’information

Un des facteurs identifiés parmi les carences des universités du Sud est celui, primordial, de l’information scientifique et technique. Dès 1989, l’AUF déploie un programme d’accès à la documentation électronique en partenariat avec l’INIST (Institut de l’Information Scientifique et Technique du Centre national de la Recherche Scientifique français). C’est ainsi qu’est décidé, en 1990, d’installer au cœur des universités des petites structures, souples et peu coûteuses, connectées aux grandes bases de données internationales et à même de recevoir et de diffuser des documents primaires.

Rapidement, ces structures deviennent des instruments de la solidarité universitaire francophone dans le champ de l’information scientifique et technique (IST). Peu à peu, elles s’ouvrent à d’autres formes d’action jusqu’à devenir le premier réseau de structures francophones interconnectées par Internet.

En décembre 1995 à Cotonou (Bénin), le Sommet des Chefs d’Etat et de gouvernement francophones adopte une « Résolution sur la société de l'information ». Les délégations membres prennent alors l’engagement de promouvoir un espace francophone dans le domaine des nouvelles technologies de l’information et de la communication et de favoriser, sur les « inforoutes », la place qui revient au français et à ses langues partenaires notamment en développant des « applications en matière d’éducation et d’information technique, professionnelle et scientifique ».

A l’époque, Internet est presque entièrement anglophone et, en Afrique, l’usage des réseaux en est à ses balbutiements. Au Sommet de Cotonou, l’AUF installe la première liaison spécialisée du pays et organise une connexion au catalogue de la Bibliothèque Nationale française. Le réseau des centres d’accès à l’information se voit consacré et ses crédits augmentés. On disait à cette époque que l’Afrique dans son ensemble disposait de moins d’ordinateurs connectés que Manhattan.

L’accès à la connaissance

Le premier domaine touché par le dysfonctionnement chronique des universités est celui de la formation dont la qualité reste encore aujourd’hui problématique. Elle suscite de plus en plus d’interrogations de la part des usagers, des familles, des autorités, des experts nationaux et internationaux. Quelle valeur a l’enseignement dispensé ? Les diplômes délivrés ont-ils une reconnaissance internationale ? Sur le marché du travail, à l’intérieur et à l’extérieur, que valent leurs diplômés ?

Parallèlement au travail d’implantation de structures, l’AUF s’investit dans le Consortium international francophone de formation à distance (CIFFAD) dont elle devient un acteur dynamique. L'objectif de ce consortium issu d’établissements de 50 pays est d'illustrer l'appropriation graduelle et concertée des TIC et des capacités du réseau Internet en particulier, dans le déploiement de projets de formation à distance. C’est ainsi que naît l’Université par satellite (UNISAT), première expérimentation, lancée par l’AUF en 1992, dans la formation universitaire diplômante à distance, avec des programmes diffusés à la fois sur la Chaîne de télévision TV5 et la banque d’images Canal France International.

Suite à la résolution de Cotonou, la Francophonie travaille sur un projet d’« Université virtuelle francophone » (UVF). En novembre 1997, un nouveau Sommet des Chefs d’Etat et de gouvernement francophone, réuni à Hanoi (Viêt-Nam) réaffirme le soutien à ce projet.

Constatant que de nombreux pays africains « sous ajustement structurel du FMI ne peuvent plus embaucher de nouveaux enseignants du supérieur », l’étude sur la création de l’UVF souligne « l’urgence de rendre plus visible la réponse francophone à la crise de confiance que connaissent les universités africaines. Il faut redonner l’espoir ». Ce qui est en question, c’est la place de l’Université publique face à l’internationalisation des formations et à la concurrence de nouveaux acteurs. La globalisation du « marché de l’éducation et l’apparition d’entités nouvelles, placées délibérément dans l’espace commercial » précise le texte de l’UVF va intensifier la concurrence entre « les entreprises de l’éducation ». L’UVF souhaite respecter « les cultures locales dans la création des contenus et la diversité culturelle au-delà de la langue commune » et ne prône pas de révolution technologique mais une utilisation « en juste proportion » des technologies dans l’enseignement. Le lancement officiel du projet a lieu au Sénat français, le 15 avril 1998. Suivra un appel d’offres international qui s’oriente clairement vers la production de contenus scientifiques sous format électronique (pour une utilisation en ligne et sur supports fixes). Cet appel mobilise effectivement la communauté scientifique francophone.

De l’Université virtuelle aux Campus numériques francophones

En 2000, lors du changement de l’équipe dirigeante, une évolution très importante et attendue se produit dans la conception même des missions de l’Agence. Toute action doit faire l’objet d’une demande de la part de ceux qui en bénéficient. Il est ainsi mis un terme à une coopération certes généreuse et solidaire mais dépendante d’une vision archaïque, paternaliste, encore proche du passé colonial. En conséquence, il est rapidement décidé que sera abandonnée la dénomination « UVF ». L’emploi du vocable « université » étant jugé trop ambigu, il est décidé de concentrer les efforts sur la mise en œuvre d’un réseau de centres d’aide à la production et à la diffusion de contenus universitaires à des fins pédagogiques, les campus numériques francophones. La Francophonie dispose alors de structures multilatérales, dotées d’accord de siège, disséminées au sein des Etats, hébergées par les universités qui en ont fait la demande et qui se sont engagées, aux côtés de l’AUF, dans leur réalisation. Les activités de production de cours, d’enseignement à distance, d’accès aux réseaux, d’accès à l’information scientifique et technique, de formation des enseignants sont désormais regroupés dans un programme unique de l’AUF.

En 2006, 41 campus numériques offrent une large palette de services : la possibilité de se connecter à l’Internet à faible coût (30 euros par an), de commander des documents primaires, d’accéder aux revues électroniques, de se former aux TIC et de suivre des diplômes à distance. C’est cette dernière activité qui peu à peu est devenue prioritaire.

Les CNF sont organisés en réseau à finalité éducative. Ils sont équipés, selon leur taille et le nombre de leurs m2, de 40 à 150 ordinateurs neufs et connectés. Le personnel de ces infrastructures est composé d’un mélange de personnel détaché par l’Université locale, et parfois d’expatriés. La formation ouverte et à distance s’y développe particulièrement à partir de 2001 avec un accord entre le ministère de l’éducation nationale et de la recherche français et l’AUF. A la rentrée universitaire 2006-2007, l’AUF propose la possibilité de suivre 45 formations ouvertes et à distance : françaises, canadiennes, mais aussi sénégalaises ou camerounaises. A l’issue d’un appel à candidatures, pour les meilleurs candidats sélectionnés par les universités diplômantes, l’AUF offre des allocations d’études à distance (des bourses) qui couvrent généralement les deux tiers des frais pédagogiques et de scolarité. Le dernier tiers reste à la charge de l’apprenant sélectionné. Par ailleurs, les Universités partenaires offrent des tarifs réduits pour les apprenants francophones du Sud. Les campus numériques francophones sont gratuitement mis à la disposition des apprenants sélectionnés.

La volonté de l’AUF en investissant dans les coopérations du Nord vers le Sud dans le domaine de l’enseignement à distance est de répondre à des besoins de formation, mais aussi de structurer l’offre, d’éviter la création d’un « bazar de l’éducation » alors que fleurissent dans les pays d’Afrique de pseudo-universités et où - mondialisation oblige - les établissements publics se retrouvent en concurrence, sans en avoir les moyens, avec une offre internationale. Cette stratégie de déploiement et de diffusion de la FOAD s’inscrit pour l’AUF dans un cadre politique, un cadre scientifique et un cadre opérationnel.

Le cadre politique est celui de l’Organisation Internationale de la Francophonie (OIF) dont le secrétaire général est Abdou Diouf, ancien Président du Sénégal. Opérateur du Sommet des chefs d’Etat francophones pour l’enseignement supérieur, l’AUF s’inscrit pleinement dans la mise en oeuvre des recommandations des politiques francophones.

Le cadre scientifique est celui que fixent les instances de l’AUF et principalement son Conseil Scientifique qui évalue et sélectionne les diplômes à distance que l’AUF propose ensuite.

La plupart des « coopérations » s’organisent autour de « projets », selon le sens que l’on donne habituellement à ce mot : une opération pilote, parfois présentée comme conçue dans un esprit de modélisation. Le « projet » se veut en effet souvent « modélisable » mais, malheureusement, est rarement capable d’atteindre le changement d’échelle nécessaire à sa généralisation ni même poursuivi à la fin de son financement initial. Ce n’est pas le cas dans le cadre opérationnel de l’AUF, celui des campus numériques francophones. Il s’agit bien d’un « dispositif » en constante évolution et destiné à la mise en œuvre de procédés et procédures qui doivent assurer, supporter, un développement constant dans la durée des coopérations inter-universitaires au service du développement des établissements d’enseignement supérieur du Sud.

En 2003-2004, l’AUF soutenait 4 formations à distance diplômantes. En 2004-2005, elles étaient 24, 32 en 2005-2006 et 45 en 2006-2007. Ce déploiement s’est toujours accompagné d’un investissement dans la formation des enseignants locaux. C’est un des aspects essentiels de ce dispositif. Pour pouvoir déployer et localiser des FOAD, il faut pouvoir compter sur des enseignants locaux, formés à la méthodologie de l’enseignement à distance. Dès 2007, l’AUF en s’appuyant sur une centaine d’établissements offrira une certification internationale des tuteurs, des produits d’appui au renforcement de la qualité des formations universitaires (voir infra), plusieurs bibliothèques numériques, l’aide à l’application des normes de la formation en ligne.

Cette stratégie s’avère payante. A la rentrée 2006-2007, l’AUF est en mesure de proposer sept diplômes à distance proposés par des établissements africains : trois licences, trois masters et un doctorat. Elle est, par ailleurs, partenaire de trois projets « Tempus Meda », d’un projet « Asialink » et travaille avec son réseau, aujourd’hui fort de 616 universités membres, aux projets « Edulink ». Ces projets européens permettront l’accélération de l’appropriation par le Sud des méthodes de la formation ouverte et à distance.

En conclusion, l’AUF, forte d’une expérience continue d’une quinzaine d’années, est aujourd’hui un acteur incontournable de la formation à distance au profit du développement. Fidèle à sa nature d’agence de coopération universitaire, elle a su favoriser les partenariats multilatéraux tout en contribuant indirectement aux coopérations bilatérales, qu’elles soient au Nord françaises, suisses, belges ou canadiennes, au Sud sénégalaises, camerounaises, tunisiennes, algériennes ou marocaines. Ses objectifs sont clairement exposés chaque deux ans lors des Sommets de la Francophonie, qui attachent un intérêt particulier à ce thème et peu à peu elle s’engage dans l’intégration de ses programmes et de ses structures au sein des universités bénéficiaires. C’est cette volonté affirmée qui lui permet d’élargir progressivement ses partenariats et de s’ouvrir à de nouveaux grands chantiers, tel celui de la recherche dans les TICE, fondement nécessaire à toute nouvelle production conceptuelle. Son engagement dans les objectifs du millénaire et aux côtés des pays les moins avancés sont aujourd’hui les bases de son action dans les technologies éducatives.

Exemple d’une production originale d’un outil de renforcement de la qualité des formations

Lors du XIe Sommet de la Francophonie`à Bucarest (28-29 septembre 2006), des résolutions ont été prises concernant le développement des technologies de l'information et de la communication au service de la formation des enseignants par la mise à disposition de matériels à coût réduit, l’installation d’équipements collectifs et le développement de contenus. Cette hybridation entre l’humain producteur, les contenus possibles, la variété des supports de médiatisation, et l’humain bénéficiaire, implique de clarifier toute offre de ressource en ligne dès son étape de production, en évitant de considérer la Toile comme une simple vitrine, un "valant pour" d’action, tout renvoi vers un existant devant apporter une valeur ajoutée. C’est la démarche suivie par l’Agence universitaire de la Francophonie dans l’élaboration du Guide pour l’utilisation des ressources en ligne d’accès libre, destiné aux enseignants des licences de français dans le monde.

Après un processus qui a conduit en 2005 et 2006 à l’analyse des curricula de licences de français dans le monde, parallèlement à une veille active ayant permis de recenser près de 2 000 sites, il a été procédé à une analyse de ces sites comme ressources potentielles pour l’appui à un contenu de cours correspondant aux curricula, et à la schématisation de modèles didactiques. A l’ouverture publique du guide en octobre 2006, plus de 1 000 sites étaient ainsi répertoriés, les ressources hiérarchisées et certaines ressources brutes non dédiées à l’enseignement étaient présentées avec un modèle de didactisation.

L’objectif immédiat de ce guide est de mettre en valeur l’existant sur l’Internet et de faciliter l’utilisation par les enseignants des nombreux sites disponibles. L’objectif à terme est de faciliter la mise en place de pôles de veille technologique et de stimuler la production de nouvelles ressources au sein des Départements universitaires de français dans le cadre d’une mutualisation dont la base de données du guide, libre d’accès et interactive, pourra être un centre collecteur et distributeur. Il ne s’agit pas d’entrer dans l’espace pédagogique personnel des enseignants et de prendre leur place. Ce guide est un outil qui doit aider à mieux prendre en compte la masse d’informations en ligne exploitable en s’enrichissant des expériences des enseignants par la recension des sites qu’ils utilisent ou qu’ils peuvent eux-mêmes créer.

Source : Elearningpapers

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