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FOAD
: "Brève histoire d'un dispositif francophone", par Didier
Oillo (AUF)
Dès la fin des années 80, préoccupée par la crise que
traversaient les universités francophones du Sud,
notamment en Afrique, qui durait depuis les années 70, la
Francophonie, à travers son Agence universitaire (AUF),
s’est résolument engagée dans la mise en œuvre d’un
vaste dispositif d’appui aux universités du Sud.
Celui-ci se caractérise par l’installation en leur sein
de structures technologiques modernes facilitant les
travaux de recherche des enseignants, chercheurs et étudiants
en fin de cycle en leur permettant d’accéder en ligne
aux documents et informations dont ils ont besoin.
L’accès à l’information
Un des facteurs identifiés parmi les carences des
universités du Sud est celui, primordial, de
l’information scientifique et technique. Dès 1989,
l’AUF déploie un programme d’accès à la
documentation électronique en partenariat avec l’INIST
(Institut de l’Information Scientifique et Technique du
Centre national de la Recherche Scientifique français).
C’est ainsi qu’est décidé, en 1990, d’installer au
cœur des universités des petites structures, souples et
peu coûteuses, connectées aux grandes bases de données
internationales et à même de recevoir et de diffuser des
documents primaires.
Rapidement, ces structures deviennent des instruments de
la solidarité universitaire francophone dans le champ de
l’information scientifique et technique (IST). Peu à
peu, elles s’ouvrent à d’autres formes d’action
jusqu’à devenir le premier réseau de structures
francophones interconnectées par Internet.
En décembre 1995 à Cotonou (Bénin), le Sommet des Chefs
d’Etat et de gouvernement francophones adopte une « Résolution
sur la société de l'information ». Les délégations
membres prennent alors l’engagement de promouvoir un
espace francophone dans le domaine des nouvelles
technologies de l’information et de la communication et
de favoriser, sur les « inforoutes », la place qui
revient au français et à ses langues partenaires
notamment en développant des « applications en matière
d’éducation et d’information technique,
professionnelle et scientifique ».
A l’époque, Internet est presque entièrement
anglophone et, en Afrique, l’usage des réseaux en est
à ses balbutiements. Au Sommet de Cotonou, l’AUF
installe la première liaison spécialisée du pays et
organise une connexion au catalogue de la Bibliothèque
Nationale française. Le réseau des centres d’accès à
l’information se voit consacré et ses crédits augmentés.
On disait à cette époque que l’Afrique dans son
ensemble disposait de moins d’ordinateurs connectés que
Manhattan.
L’accès à la connaissance
Le premier domaine touché par le dysfonctionnement
chronique des universités est celui de la formation dont
la qualité reste encore aujourd’hui problématique.
Elle suscite de plus en plus d’interrogations de la part
des usagers, des familles, des autorités, des experts
nationaux et internationaux. Quelle valeur a
l’enseignement dispensé ? Les diplômes délivrés
ont-ils une reconnaissance internationale ? Sur le marché
du travail, à l’intérieur et à l’extérieur, que
valent leurs diplômés ?
Parallèlement au travail d’implantation de
structures, l’AUF s’investit dans le Consortium
international francophone de formation à distance
(CIFFAD) dont elle devient un acteur dynamique. L'objectif
de ce consortium issu d’établissements de 50 pays est
d'illustrer l'appropriation graduelle et concertée des
TIC et des capacités du réseau Internet en particulier,
dans le déploiement de projets de formation à distance.
C’est ainsi que naît l’Université par satellite
(UNISAT), première expérimentation, lancée par l’AUF
en 1992, dans la formation universitaire diplômante à
distance, avec des programmes diffusés à la fois sur la
Chaîne de télévision TV5 et la banque d’images Canal
France International.
Suite à la résolution de Cotonou, la Francophonie
travaille sur un projet d’« Université virtuelle
francophone » (UVF). En novembre 1997, un nouveau Sommet
des Chefs d’Etat et de gouvernement francophone, réuni
à Hanoi (Viêt-Nam) réaffirme le soutien à ce projet.
Constatant que de nombreux pays africains « sous
ajustement structurel du FMI ne peuvent plus embaucher de
nouveaux enseignants du supérieur », l’étude sur la
création de l’UVF souligne « l’urgence de rendre
plus visible la réponse francophone à la crise de
confiance que connaissent les universités africaines. Il
faut redonner l’espoir ». Ce qui est en question,
c’est la place de l’Université publique face à
l’internationalisation des formations et à la
concurrence de nouveaux acteurs. La globalisation du «
marché de l’éducation et l’apparition d’entités
nouvelles, placées délibérément dans l’espace
commercial » précise le texte de l’UVF va intensifier
la concurrence entre « les entreprises de l’éducation
». L’UVF souhaite respecter « les cultures locales
dans la création des contenus et la diversité culturelle
au-delà de la langue commune » et ne prône pas de révolution
technologique mais une utilisation « en juste proportion
» des technologies dans l’enseignement. Le lancement
officiel du projet a lieu au Sénat français, le 15 avril
1998. Suivra un appel d’offres international qui
s’oriente clairement vers la production de contenus
scientifiques sous format électronique (pour une
utilisation en ligne et sur supports fixes). Cet appel
mobilise effectivement la communauté scientifique
francophone.
De l’Université virtuelle aux
Campus numériques francophones
En 2000, lors du changement de l’équipe dirigeante, une
évolution très importante et attendue se produit dans la
conception même des missions de l’Agence. Toute action
doit faire l’objet d’une demande de la part de ceux
qui en bénéficient. Il est ainsi mis un terme à une
coopération certes généreuse et solidaire mais dépendante
d’une vision archaïque, paternaliste, encore proche du
passé colonial. En conséquence, il est rapidement décidé
que sera abandonnée la dénomination « UVF ».
L’emploi du vocable « université » étant jugé trop
ambigu, il est décidé de concentrer les efforts sur la
mise en œuvre d’un réseau de centres d’aide à la
production et à la diffusion de contenus universitaires
à des fins pédagogiques, les campus numériques
francophones. La Francophonie dispose alors de structures
multilatérales, dotées d’accord de siège, disséminées
au sein des Etats, hébergées par les universités qui en
ont fait la demande et qui se sont engagées, aux côtés
de l’AUF, dans leur réalisation. Les activités de
production de cours, d’enseignement à distance, d’accès
aux réseaux, d’accès à l’information scientifique
et technique, de formation des enseignants sont désormais
regroupés dans un programme unique de l’AUF.
En 2006, 41 campus numériques offrent une large palette
de services : la possibilité de se connecter à
l’Internet à faible coût (30 euros par an), de
commander des documents primaires, d’accéder aux revues
électroniques, de se former aux TIC et de suivre des diplômes
à distance. C’est cette dernière activité qui peu à
peu est devenue prioritaire.
Les CNF sont organisés en réseau à finalité éducative.
Ils sont équipés, selon leur taille et le nombre de
leurs m2, de 40 à 150 ordinateurs neufs et connectés. Le
personnel de ces infrastructures est composé d’un mélange
de personnel détaché par l’Université locale, et
parfois d’expatriés. La formation ouverte et à
distance s’y développe particulièrement à partir de
2001 avec un accord entre le ministère de l’éducation
nationale et de la recherche français et l’AUF. A la
rentrée universitaire 2006-2007, l’AUF propose la
possibilité de suivre 45 formations ouvertes et à
distance : françaises, canadiennes, mais aussi sénégalaises
ou camerounaises. A l’issue d’un appel à
candidatures, pour les meilleurs candidats sélectionnés
par les universités diplômantes, l’AUF offre des
allocations d’études à distance (des bourses) qui
couvrent généralement les deux tiers des frais pédagogiques
et de scolarité. Le dernier tiers reste à la charge de
l’apprenant sélectionné. Par ailleurs, les Universités
partenaires offrent des tarifs réduits pour les
apprenants francophones du Sud. Les campus numériques
francophones sont gratuitement mis à la disposition des
apprenants sélectionnés.
La volonté de l’AUF en investissant dans les coopérations
du Nord vers le Sud dans le domaine de l’enseignement à
distance est de répondre à des besoins de formation,
mais aussi de structurer l’offre, d’éviter la création
d’un « bazar de l’éducation » alors que fleurissent
dans les pays d’Afrique de pseudo-universités et où -
mondialisation oblige - les établissements publics se
retrouvent en concurrence, sans en avoir les moyens, avec
une offre internationale. Cette stratégie de déploiement
et de diffusion de la FOAD s’inscrit pour l’AUF dans un
cadre politique, un cadre scientifique et un cadre opérationnel.
Le cadre politique est celui de
l’Organisation Internationale de la Francophonie (OIF)
dont le secrétaire général est Abdou Diouf, ancien Président
du Sénégal. Opérateur du Sommet des chefs d’Etat
francophones pour l’enseignement supérieur, l’AUF
s’inscrit pleinement dans la mise en oeuvre des
recommandations des politiques francophones.
Le cadre scientifique est celui que
fixent les instances de l’AUF et principalement son
Conseil Scientifique qui évalue et sélectionne les diplômes
à distance que l’AUF propose ensuite.
La plupart des « coopérations » s’organisent autour
de « projets », selon le sens que l’on donne
habituellement à ce mot : une opération pilote, parfois
présentée comme conçue dans un esprit de modélisation.
Le « projet » se veut en effet souvent « modélisable
» mais, malheureusement, est rarement capable
d’atteindre le changement d’échelle nécessaire à sa
généralisation ni même poursuivi à la fin de son
financement initial. Ce n’est pas le cas dans le
cadre opérationnel de l’AUF, celui des campus
numériques francophones. Il s’agit bien d’un «
dispositif » en constante évolution et destiné à la
mise en œuvre de procédés et procédures qui doivent
assurer, supporter, un développement constant dans la durée
des coopérations inter-universitaires au service du développement
des établissements d’enseignement supérieur du Sud.
En 2003-2004, l’AUF soutenait 4 formations à distance
diplômantes. En 2004-2005, elles étaient 24, 32 en
2005-2006 et 45 en 2006-2007. Ce déploiement s’est
toujours accompagné d’un investissement dans la
formation des enseignants locaux. C’est un des aspects
essentiels de ce dispositif. Pour pouvoir déployer et
localiser des FOAD, il faut pouvoir compter sur des
enseignants locaux, formés à la méthodologie de
l’enseignement à distance. Dès 2007, l’AUF en
s’appuyant sur une centaine d’établissements offrira
une certification internationale des tuteurs, des produits
d’appui au renforcement de la qualité des formations
universitaires (voir infra), plusieurs bibliothèques numériques,
l’aide à l’application des normes de la formation en
ligne.
Cette stratégie s’avère payante. A la rentrée
2006-2007, l’AUF est en mesure de proposer sept diplômes
à distance proposés par des établissements africains :
trois licences, trois masters et un doctorat. Elle est,
par ailleurs, partenaire de trois projets « Tempus Meda
», d’un projet « Asialink » et travaille avec son réseau,
aujourd’hui fort de 616 universités membres, aux
projets « Edulink ». Ces projets européens permettront
l’accélération de l’appropriation par le Sud des méthodes
de la formation ouverte et à distance.
En conclusion, l’AUF, forte d’une expérience continue
d’une quinzaine d’années, est aujourd’hui un acteur
incontournable de la formation à distance au profit du développement.
Fidèle à sa nature d’agence de coopération
universitaire, elle a su favoriser les partenariats
multilatéraux tout en contribuant indirectement aux coopérations
bilatérales, qu’elles soient au Nord françaises,
suisses, belges ou canadiennes, au Sud sénégalaises,
camerounaises, tunisiennes, algériennes ou marocaines.
Ses objectifs sont clairement exposés chaque deux ans
lors des Sommets de la Francophonie, qui attachent un intérêt
particulier à ce thème et peu à peu elle s’engage
dans l’intégration de ses programmes et de ses
structures au sein des universités bénéficiaires.
C’est cette volonté affirmée qui lui permet d’élargir
progressivement ses partenariats et de s’ouvrir à de
nouveaux grands chantiers, tel celui de la recherche dans
les TICE, fondement nécessaire à toute nouvelle
production conceptuelle. Son engagement dans les objectifs
du millénaire et aux côtés des pays les moins avancés
sont aujourd’hui les bases de son action dans les
technologies éducatives.
Exemple d’une production
originale d’un outil de renforcement de la qualité des
formations
Lors du XIe Sommet de la Francophonie`à Bucarest (28-29
septembre 2006), des résolutions ont été prises
concernant le développement des technologies de
l'information et de la communication au service de la
formation des enseignants par la mise à disposition de
matériels à coût réduit, l’installation d’équipements
collectifs et le développement de contenus. Cette
hybridation entre l’humain producteur, les contenus
possibles, la variété des supports de médiatisation, et
l’humain bénéficiaire, implique de clarifier toute
offre de ressource en ligne dès son étape de production,
en évitant de considérer la Toile comme une simple
vitrine, un "valant pour" d’action, tout
renvoi vers un existant devant apporter une valeur ajoutée.
C’est la démarche suivie par l’Agence universitaire
de la Francophonie dans l’élaboration du Guide pour
l’utilisation des ressources en ligne d’accès libre,
destiné aux enseignants des licences de français dans le
monde.
Après un processus qui a conduit en 2005 et 2006 à
l’analyse des curricula de licences de français dans le
monde, parallèlement à une veille active ayant permis de
recenser près de 2 000 sites, il a été procédé à une
analyse de ces sites comme ressources potentielles pour
l’appui à un contenu de cours correspondant aux
curricula, et à la schématisation de modèles
didactiques. A l’ouverture publique du guide en octobre
2006, plus de 1 000 sites étaient ainsi répertoriés,
les ressources hiérarchisées et certaines ressources
brutes non dédiées à l’enseignement étaient présentées
avec un modèle de didactisation.
L’objectif immédiat de ce guide est de mettre en valeur
l’existant sur l’Internet et de faciliter
l’utilisation par les enseignants des nombreux sites
disponibles. L’objectif à terme est de faciliter la
mise en place de pôles de veille technologique et de
stimuler la production de nouvelles ressources au sein des
Départements universitaires de français dans le cadre
d’une mutualisation dont la base de données du guide,
libre d’accès et interactive, pourra être un centre
collecteur et distributeur. Il ne s’agit pas d’entrer
dans l’espace pédagogique personnel des enseignants et
de prendre leur place. Ce guide est un outil qui doit
aider à mieux prendre en compte la masse d’informations
en ligne exploitable en s’enrichissant des expériences
des enseignants par la recension des sites qu’ils
utilisent ou qu’ils peuvent eux-mêmes créer.
Source : Elearningpapers
en
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