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Date de parution : lundi 9 avril 2007

Mission sénatoriale sur la formation : audition de M. Jean-Raymond Lépinay (UNML)

Puis la mission d'information a procédé à l'audition de M. Jean-Raymond Lépinay, président de l'Union nationale des missions locales (UNML).

M. Jean-Claude Carle, président, a rappelé que les 600 missions locales constituaient un réseau particulièrement bien connu des élus : ces associations chargées d'une mission de service public s'efforcent, en effet, d'aider les jeunes de seize à vingt-cinq ans, en difficulté, à s'insérer au plan professionnel et social.

M. Jean-Raymond Lépinay a tout d'abord précisé qu'il était également président du conseil général de Haute-Garonne, chaque mission locale étant présidée par un élu. Il a ensuite présenté les résultats inédits du tout récent dépouillement d'une enquête nationale exhaustive sur l'activité des missions locales : au cours de l'année 2006, celles-ci ont accompagné 1,1 million de jeunes dans leurs démarches d'insertion, 44 % d'entre eux n'ayant aucun diplôme et 21 % étant titulaires d'un BEP ou d'un CAP. Il a fait observer qu'une part résiduelle de ces jeunes était fortement diplômée, en précisant qu'il s'agissait là d'un phénomène récent et qui concerne, par exemple, des jeunes ayant une formation bac + 5 et se trouvant en difficulté depuis plusieurs années, notamment en raison de problèmes de logement.

Puis il a exposé les raisons pour lesquelles le travail des missions locales, qui rassemblent 11 000 salariés, était souvent peu compris et mal connu, en indiquant notamment que les crédits consacrés à la « communication » avaient été volontairement limités par ces organismes soucieux de les concentrer sur leur mission première.

Puis il a analysé la démarche d'aide à l'insertion des jeunes suivie par les missions locales en trois moments essentiels :

- l'accès et la préparation à l'emploi qui incorporent la découverte de l'entreprise et la préqualification ;

- le rapprochement du jeune avec l'entreprise ;

- l'entrée, ainsi que le maintien, dans l'emploi.

Il a insisté sur l'importance de la « réactivité » des différents acteurs au cours de ce processus : il s'agit d'éviter les ruptures et les lenteurs au moment où le jeune est prêt à enchaîner les étapes de son parcours d'insertion, faute de quoi, a-t-il ajouté, bien souvent, « tout le travail est à reprendre à zéro ». Il a également souligné que l'accompagnement du jeune, au cours de ces trois séquences, par un référent unique et bien identifié était un facteur essentiel de réussite. A l'inverse, il a mis en garde contre toute forme de « segmentation » de ce cheminement vers l'emploi, qui se traduit par d'éventuelles remises en cause de la pertinence des parcours définis par la mission locale et par de nouvelles orientations susceptibles de déstabiliser le jeune dans son élan. Il a noté que ce besoin de cohérence avait été pris en compte par l'Etat qui a confié le pilotage exclusif du contrat d'insertion dans la vie sociale (Civis) aux missions locales.

S'agissant des actions de qualification, M. Jean-Raymond Lépinay a estimé que, dans la pratique, la « logique de l'offre » de formation l'emportait trop souvent sur l'ajustement aux besoins. Il a précisé que l'accès à l'intérim ou à des « petits boulots » apparaissait, dans la plupart des cas, comme décisif et, en tout cas, plus efficace que bien des actions de qualification. Puis il a rappelé qu'il était essentiel de donner des moyens de « survie financière » au jeune, notamment entre deux phases d'intérim, tout en facilitant leur accès au logement.

Evoquant l'opération intitulée « Parcours d'accès à la vie active » (Pava), qui se traduit par la mise à disposition auprès de l'Afpa de jeunes présentés par les missions locales après définition d'un projet professionnel, M. Jean-Raymond Lépinay a estimé le dispositif excellent, à condition que l'Afpa ne remette pas en cause le choix initial opéré au sein de la mission locale.

Interrogé ensuite par M. Jean-Claude Carle, président, sur les modalités de rapprochement des jeunes avec les entreprises, M. Jean-Raymond Lépinay a évoqué les « plates-formes » mises en place par l'Agence nationale pour l'emploi (ANPE) pour repérer les postes à pourvoir, notamment dans les « métiers en tension » et recenser les jeunes susceptibles de les occuper. Il a précisé, qu'en pratique, ces « plates-formes » apparaissaient parfois comme un test supplémentaire pour permettre aux employeurs de sélectionner les jeunes les plus aptes, alors même que ceux qui sont accompagnés par les missions locales sont souvent les plus fragiles.

Puis il a signalé que les missions locales disposaient également de leurs propres réseaux locaux d'accès à l'emploi, à l'échelle des bassins d'emplois, auxquels participent des employeurs qui acceptent de prendre en compte la nécessité de recruter une certaine proportion de jeunes en difficulté.

S'agissant de la phase d'entrée dans l'emploi, M. Jean-Raymond Lépinay a souligné que l'alternance constituait l'un des outils les plus efficaces et, qu'à ce titre, les contrats de professionnalisation, après des débuts difficiles, connaissaient une montée en puissance aujourd'hui très rapide.

Observant que l'alternance était une « opération risquée », il a insisté sur l'importance de la poursuite de l'accompagnement du jeune par la mission locale pour consolider l'insertion dans l'emploi en veillant, par exemple, à remédier à ses difficultés de transport ou de logement. Il a ajouté que la désignation, au sein de l'entreprise, d'un « référent » chargé de suivre spécifiquement le jeune sous contrat, était un facteur essentiel de réussite.

Il a, en revanche, émis un diagnostic plus réservé sur l'apprentissage, certaines formations étant aujourd'hui éloignées de la réalité des besoins.

Puis il a évoqué les cas d'accès direct à l'emploi, en précisant que le concept « d'emploi durable » apparaissait assez largement comme une illusion, compte tenu de la mobilité actuelle du marché du travail. Cette situation - a-t-il ajouté - impose aux missions locales, tout d'abord, de maintenir l'accompagnement du jeune au moins jusqu'à la fin de la période d'essai, et également de « gérer l'interstitiel », par exemple, entre deux contrats à durée déterminée (CDD).

Il a résumé la tâche des missions locales comme la transformation de parcours chaotiques en trajets d'insertion plus linéaires, et souligné que la mobilité et le logement constituaient souvent, bien plus encore que la formation, des facteurs d'insertion essentiels.

S'agissant de la rémunération des stagiaires, M. Jean-Raymond Lépinay a insisté sur l'importance, non pas d'un « RMI jeune », mais d'une allocation qui, dans le processus de construction du parcours vers l'emploi, représente la contrepartie de l'effort d'insertion.

Il a jugé insuffisamment pertinentes les problématiques qui se réduisent à s'interroger sur l'ajustement entre l'offre et la demande d'emploi ou sur les besoins de formation, et a en revanche insisté sur l'importance de la continuité du suivi du jeune tout au long des trois phases de son insertion professionnelle. Il a observé, au passage, que certains plans régionaux de développement des formations (PRDF) participaient parfois d'une logique d'offre qui conduit certains conseils régionaux à reprocher aux missions locales de ne pas suffisamment « remplir les stages » proposés aux jeunes.

M. Jean-Raymond Lépinay a enfin lancé un cri d'alarme - « la France se moque de ses jeunes ! » - en rappelant que notre pays se place en dernière position de l'Union européenne pour le taux d'emploi de ses jeunes. Il a précisé que l'impression d'être délaissé, qu'éprouvent de nombreux jeunes, interpellait non seulement les pouvoirs publics, mais aussi les entreprises et nécessitait une remise à plat des systèmes d'insertion qui comportent des effets de seuil importants. A cet égard, il a évoqué l'existence d'une « fracture » du système pour les jeunes âgés de plus de vingt-six ans qui peuvent relever du revenu minimum d'insertion et de dispositifs gérés par les conseils généraux.

Il a enfin signalé que la distinction entre jeunes qualifiés et non qualifiés tendait à s'estomper puisqu'ils sont confrontés, de plus en plus, aux mêmes difficultés de parcours et de survie financière.

M. Jean-Claude Carle, président, a demandé des précisions statistiques sur les jeunes recensés et leurs parcours.

M. Jean-Raymond Lépinay a évoqué le caractère inédit des statistiques qu'il transmettait à la mission d'information et a précisé qu'un jeune sur deux reçu par les missions locales n'était pas inscrit à l'ANPE, ce qui s'explique largement par le fait que ceux qui n'ont aucun droit à indemnisation n'accomplissent pas cette démarche.

Se référant à son expérience de terrain, M. Jean-Claude Carle, président, a rappelé que les plans régionaux de développement des formations pouvaient constituer d'excellents outils, à condition de ne pas se contenter de reproduire la logique de l'offre de formation disponible.

M. Jean-Raymond Lépinay a convenu que certaines régions avaient sensiblement progressé dans ce domaine, et a fait observer que leur efficacité était accrue lorsque que les missions locales pouvaient jouer un rôle de « prescripteur ».

M. Jean-Claude Carle, président, a alors souligné à son tour l'importance fondamentale de la question du logement des jeunes en rappelant que les lois de décentralisation avaient confié aux collectivités territoriales une compétence claire en matière d'hébergement pour les élèves de l'enseignement général, mais que l'effort était insuffisant pour les élèves de l'enseignement professionnel, qui sont souvent dans les situations les plus difficiles.

M. Jean-Raymond Lépinay a souscrit à ce propos. Puis il a indiqué que la possession d'un diplôme constituait une garantie pour consolider la situation des jeunes qui ont déjà accédé à l'emploi ; à cet égard, il a insisté sur le fait que, seuls, 20 % des jeunes pris en charge par les missions locales avaient eu accès à une formation en 2006.

Enfin, interrogé par M. Jean-Claude Carle, président, sur la valeur et la justification actuelle du diplôme de brevet d'études professionnelles, M. Jean-Raymond Lépinay a répondu qu'il lui semblait surtout important de pouvoir matérialiser les qualifications des jeunes par un titre.

Source : Sénat

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