Audition de M. Olivier Gourle, secrétaire confédéral
de la Confédération française des travailleurs chrétiens
(CFTC), accompagné de M. Jean-Pierre Therry, chargé de la
formation en direction des régions
La mission d'information a enfin procédé à
l'audition de M. Olivier Gourle,
secrétaire confédéral de la Confédération française des
travailleurs chrétiens (CFTC), accompagné de
M. Jean-Pierre Therry, chargé de la formation en direction des
régions.
M. Olivier Gourle a préalablement
rappelé que la formation ne constituait qu'un outil,
susceptible d'être détourné de son usage : en définitive,
la façon dont on s'en sert importe plus que toute autre considération.
Les premiers bilans tirés de la réforme de la formation
professionnelle ne permettent pas encore de porter un jugement.
Si l'on sait, par exemple, combien de contrats de
professionnalisation ont été signés, il est trop tôt pour
dire si leurs signataires sont inscrits dans l'emploi durable.
D'après la CFTC, la formation professionnelle doit être systématiquement
incorporée à la gestion prévisionnelle des emplois et des
compétences. Il convient d'insister davantage sur la période
de professionnalisation, tandis que le congé individuel de
formation (CIF) suscite certaines interrogations :
correspond-il toujours à un besoin du salarié ?
L'entreprise y recourt-elle plus volontiers dans la mesure où
elle rencontre des difficultés pour financer certaines actions ?
Par ailleurs, il importe de porter une grande attention aux
petites entreprises qui veulent envoyer leurs salariés en
formation.
Puis M. Olivier Gourle a
indiqué que, selon lui, les outils de la formation
professionnelle vont mûrir à force de pédagogie quelles que
soient, en particulier, les difficultés rencontrées dans la
mise en oeuvre du droit individuel de formation (DIF). Enfin, la
CFTC plaide pour l'instauration du « chèque-formation »,
comprenant un volet de financement et un volet d'accompagnement.
M. Jean-Pierre Therry a
indiqué que le nombre important de salariés partis en période
de professionnalisation, ou bénéficiant d'un contrat de
professionnalisation, montre que l'accord national
interprofessionnel (ANI) de 2004 a eu un effet favorable sur la
professionnalisation, à mettre en perspective avec l'effort
croissant de l'Etat en faveur de l'apprentissage. Il a précisé,
par ailleurs, qu'un objectif du DIF est de « mettre en appétit »
les salariés qui ne partent jamais en formation. Enfin, d'après
lui, la formation doit également faciliter la mobilité géographique.
M. Olivier Gourle a évoqué
certains exemples de mise en place de formation, montrant que
les « outils » issus de l'ANI sont susceptibles d'être
utilement mobilisés au gré des circonstances.
M. Jean-Claude Carle, président, s'est
alors inquiété de ce que le DIF ne bénéficiait pas forcément
à ceux qui en ont le plus besoin et il s'est interrogé sur
l'intérêt d'un soutien organisationnel pour les petites
entreprises.
M. Olivier Gourle a
relaté que, sur la base d'un diagnostic effectué dans un
bassin d'emplois auprès de très petites entreprises à propos
de leurs besoins de formation, un module a pu leur être proposé,
assorti d'une prise en charge intégrale via les organismes
paritaires collecteurs agréés (OPCA). Il a suggéré que les régions
sollicitent les partenaires sociaux pour mener ce genre d'opérations
à plus grande échelle. Dans le cadre de cette réflexion,
M Jean-Pierre Therry a souligné le rôle
essentiel des commissions paritaires interprofessionnelles régionales
(COPIRE).
M. Jean-François Humbert a
demandé si le nombre d'OPCA était bien calibré.
M. Olivier Gourle a
estimé difficile de répondre à cette question, considérant
qu'un regroupement d'OPCA ne serait pas forcément favorable à
la bonne prise en compte des besoins des métiers.
M. Jean-Claude Carle, président, a
évoqué l'hypothèse d'un renforcement du fonds unique de péréquation
(FUP) dans la perspective, notamment, de favoriser la transférabilité
du DIF.
M. Olivier Gourle a détaillé
les possibilités d'emploi des excédents du FUP :
conventionnements avec l'AFPA et l'Etat pour acheminer les
jeunes en difficulté vers un contrat de professionnalisation,
actions communes avec l'UNEDIC en faveur de ce même contrat,
actions contre l'illettrisme, actions de sensibilisation dans
les lycées et collèges, etc. En définitive, il a estimé que
la mutualisation opérée au travers du FUP permet de passer
outre les cloisonnements existants, en privilégiant une vision
régionale.
M. Jean-Claude Carle, président, abordant
le problème de la gouvernance de la formation professionnelle,
a demandé si la région constitue le bon niveau et quelle
articulation doit être ménagée avec le « bassin de
formation ».
M. Olivier Gourle a
estimé que les échelons pertinents sont la région, chef de
file légitime de la formation professionnelle, et l'Etat. Pour
autant, la régionalisation ne doit pas être un frein aux
changements de territoire et il serait dommageable que les
discriminations opérées en fonction des besoins locaux
d'emplois aboutissent à pénaliser les candidats à une
formation correspondant à un besoin situé hors de la région.